Jean-Francois Mopin : Un auteur peu commun
Jean-Francois Mopin : Un auteur peu commun
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Chemin de croix d'un inconnu pour être édité


Écrire est la partie la plus facile du travail de l'écrivain. Du moins, de l'écrivain inconnu. Après, il faut chercher un éditeur. Et c'est là que les difficultés commencent.


J'ai commencé par envoyer mon manuscrit à un bon nombre d'éditeurs. La plupart l'ont conservé huit ou dix mois, avant de me renvoyer un petit mot pour expliquer qu'ils avaient "lu attentivement" mon texte, mais qu'il "n'entrait pas dans leur ligne éditoriale", ou alors qu'ils "ne pensaient qu'il ne trouverait pas son public au sein de leur collection"... Mais comme, comme les auteurs le sont souvent, j'étais convaincu d'écrire assez bien, j'ai voulu insister et en savoir plus. Je suis allé les voir, j'ai poussé les portes, posé des questions... et j'ai découvert un monde fascinant d'hypocrisie.


Un grand éditeur national a fini par m'avouer qu'en dépit de ce qu'il m'avait écrit, il n'avait pas lu mon texte. D'après lui, ils en reçoivent tellement qu'ils ne peuvent lire qu'environ 20 pour cent des manuscrits qu'on leur envoie. Il faut donc passer la première épreuve du tirage au sort... Mais si au moins ils avaient eu la franchise de me dire qu'ils n'avaient pas lu mon manuscrit faute de temps, j'aurais pu avoir un semblant de respect pour eux.


D'autres éditeurs m'ont éclairé davantage. Chez une grande maison, plus prestigieuse encore que celle que je viens de mentionner, on m'a clairement expliqué pourquoi je ne serais pas publié. Mon texte a convaincu le comité de lecture, mais on m'a dit "maintenant, nous allons faire une étude de marché sur votre nom. Vous n'êtes pas connu". Voilà qui est très mesquin. Mais au moins, c'est clair. Je ne pense pas que cet éditeur soit plus pourri que les autres. Au contraire: il a le courage d'avouer des pratiques très répandues. En France, ce ne sont pas les livres qu'on vend, c'est le nom de l'auteur. A moins d'être l'ami, le frère ou le chauffeur de quelqu'un...


Pour preuve cette troisième maison, qui m'a ouvertement proposé de publier mon texte, mais pas sous mon nom. Ils ont un réservoir de "people" qui souhaitent faire croire qu'ils sont capables d'écrire, et qui cherchent des romans sur lesquels apposer leur nom pour leur donner une crédibilité qu'ils ne méritent pas. En l'occurrence, le "people" dont on m'a proposé d'être le nègre était un crétin issu de la téléréalité, dont j'ai eu maintes fois l'occasion de constater l'imbécillité sur les plateaux de télévision... Certes, j'aurais gagné de l'argent. Mais quitte à vendre mon âme au Diable, autant qu'il paie mieux...


C'est après mon expérience suivante que j'ai compris. Mon interlocuteur suivant m'a dit, en ces termes: "dans l'édition, tant que vous n'avez pas vendu 20 000 exemplaires, vous n'existez pas". J'ai évidemment répondu que pour vendre les 20 000 exemplaires en question, il faut être publié. Cet argument n'a pas semblé porter ses fruits...


Je me suis donc résigné à sortir In Memoriam à la société des écrivains. C'est une petite boîte qui publie à peu près n'importe quoi, contre finance. Mais sans diffusion, sans plan média, sans marketing d'aucune sorte, difficile de percer. J'ai même rapidement constaté qu'en plus d'être incompétents, ils étaient malhonnêtes. Dans les divers salons du livre auxquels je me suis fait inviter pendant les six premiers mois, j'ai signé 105 exemplaires du livre. Or, selon leur décompte, il n'en a été vendu que 52. Outre le chiffre dérisoire et ridicule, il semble tout de même que sur les 105 exemplaires que j'ai signés, 53 ont été volés et non payés... J'avais signé un contrat de 2 ans avec eux, que je me suis empressé de résilier à la première occasion.


Entre-temps, Le Bandeau était en route, et les éditions Blanche m'ont redonné confiance. J'ai fait la connaissance d'une maison d'édition en train de se lancer, les éditions du tremplin, et j'ai fait un bout de route avec eux. Malheureusement, ils ont été victime de leur trop grande gentillesse (ou naïveté ?). En traitant bien leurs auteurs et en prenant le temps de lire les manuscrits, ils ont oublié de faire la partie la plus mercantile et sordide. Celle dont les grandes maisons se contentent. Nous vivons dans le vrai monde, et les bonnes intentions ne paient pas. Ils ont mis la clé sous la porte. Je suis donc de nouveau en recherche d'éditeur pour In Memoriam. Mais cette fois, j'ai les chiffres de vente du Bandeau derrière moi, et un contrat pour publication de The Covery and Then aux Etats-Unis...


Mon éditeur américain m'a beaucoup appris. Au prix de prises de bec et de grincements de dents, certes, mais tout de même. Ils m'ont expliqué ce qu'il faut faire une fois qu'on a fini de travailler sur le texte. Ce n'est pas plaisant pour un romancier, mais il faut y passer si on veut sa faire le nom dont on a besoin... Et la première étape, c'est de créer un site. Ce que je suis en train de faire.

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