Jean-Francois Mopin : Un auteur peu commun
Jean-Francois Mopin : Un auteur peu commun
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Histoire de l'histoire


Ma soeur est morte quand j'avais 7 ans. Elle avait un an de plus que moi. J'ai toujours eu du mal à accepter ce manque. Très tôt, j'ai voulu imaginer qu'elle vivait encore, mais la version chrétienne du Paradis ne me satisfaisait pas. Il me semblait qu'elle aussi avait droit d'avoir sa maman (la même que moi, qui est très bien. Je vous la recommande). Alors j'ai créé un monde parallèle dans lequel elle pouvait continuer à exister, même si moi je ne la voyais pas. Je n'ai jamais cherché à savoir ce qui s'y passait, ce qu'elle vivait. Je me suis contenté de croire qu'elle n'avait pas disparu à jamais. Le reste importait peu.


Avec le temps tout cela s'est effacé. J'ai grandi, étudié. Et plus j'ai étudié l'histoire de l'Église, moins j'ai été convaincu. Je suis même devenu anticlérical et athée forcené. Ce qui n'empêche pas de rêver et d'imaginer. Quand il s'est agi pour moi de commencer à écrire, une des premières histoires qui s'est formée dans mon esprit est celle d'In Memoriam. Sans doute parce que c'est le premier monde imaginaire que j'avais créé, enfant.


La forme que prend le roman, c'est à dire la forme épistolaire, me semblait évidente. D'abord, c'est le seul moyen de donner la parole aux deux protagonistes. Ensuite, lorsque j'ai écrit le manuscrit, j'étais dans une période assez agitée de ma vie. Cinq déménagements en un an... Je vivais pour ainsi dire dans les cartons, et il était plus simple de segmenter la narration en épisodes courts et indépendants, que je pouvais écrire chaque jour. Un long récit linéaire m'aurait demandé plus de temps et de place. De plus, comme la plus grande partie de l'histoire de Charlotte et Pierre n'est pas racontée (ils n'écrivent qu'une fois par an et leur vie est donc pleine de non-dits et de trous), les conditions dans lesquelles j'écrivais restituaient partiellement ces vides.


Quant au contexte historique... Rien ne m'insupporte autant que les anachronismes et les erreurs flagrantes dans les récits historiques. Dans Gladiator par exemple, l'accumulation d'aberrations à la seconde me rend ce film odieux (gros plan sur les étriers pour ne citer que cet exemple -car si les Romains avaient eu des étriers, les Huns ne seraient pas passés tondre la pelouse...) . Mon roman n'est pas à proprement parler un roman historique, mais les personnages traversent tout de même deux siècles. Et c'est la période de l'histoire que je maîtrise le moins bien. Pour éviter les erreurs les plus grossières, j'ai donc utilisé au mieux mes connaissances. J'ai étudié la Guerre Civile américaine (1860-1865), la Guerre des Boxers (en Chine à la fin du 19ème siècle)... Alors je me suis arrangé pour que mes personnages se retrouvent là où cela m'arrangeait qu'ils soient.


Enfin il y a un certain nombre d'idées dans le texte. Les "théories intempestives", la "théorie du clitoris", la "théorie de l'évolution de la pomme de terre"... Je me suis bien amusé à les raccommoder ensemble. Et pour maintenir un suspense, les démêlés entre Pierre et Charlotte connaissent trois phases, marquées par la naissance et la mort de Victor. J'ai joué aussi avec leur situation. La gageure pour moi était de les faire interagir alors qu'ils n'existent pas dans le même monde. Je suis assez content d'avoir réussi un "assassinat" dans ces conditions.

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