Tout auteur est un jour tenté par l'érotique. C'est vrai des plus grands et des plus petits. Alors je savais bien qu'un jour ou l'autre, je m'y collerais. Mais se lancer dans ce genre controversé si tôt dans une carrière littéraire, c'est dangereux. On risque d'être rapidement catalogué comme "auteur de livres de cul". Ce risque m'ennuie à plus d'un titre, mais surtout à cause du risque d'étiquetage. Ce que je ne veux pas, c'est être un auteur "de" tel genre de livre. Que ce soit érotique, SF ou autre. J'aime passer d'un genre à l'autre, et le cloisonnement m'en empêcherait. Pourtant, les circonstances m'ont poussé à écrire Le Bandeau tout de suite, et je ne le regrette pas.
J'avais déjà écrit In Memoriam, et j'ai vu à quel point il est difficile de trouver un éditeur quand on ne porte pas un nom connu et qu'on n'est l'ami de personne. Ces péripéties sont relatées dans la section consacrée à mon premier livre. Pour me faire un nom, j'ai vite compris que le seul argument qui pouvait porter auprès des éditeurs étaient les chiffres de vente. Quoi qu'on ait écrit, l'important est d'avoir vendu. Alors, on lit vos textes et on envisage de les publier.
Dans la littérature de genre, le problème est très différent. Très franchement, quand on lit un texte érotique, ce n'est pas le nom de l'auteur qui compte. Seule la qualité du texte convainc ou ne convainc pas. Mais là aussi, il y a des écueils à éviter. Le porno bas de gamme écrit au kilomètre et formaté selon des exigences claires (tel éditeur, par exemple, exige que le mot bite apparaisse au moins trois fois par page...) n'a pas grand intérêt. Vite lu, vite oublié. Ce n'est pas de la littérature. Un vrai roman érotique n'est pas qu'un affichage de débauches.
J'ai donc écrit ce texte en y apportant beaucoup d'attention. Ce qui compte pour moi avant tout, c'est la psychologie du personnage. A cet égard, le commentaire laissé par Sexysoda m'a ravi: elle dit qu'elle pensait que le texte avait été écrit par une femme. Cela prouve que j'ai su habiter mon personnage et lui donner une substance et une crédibilité auxquelles je tenais.
L'écriture achevée, j'ai envoyé mon manuscrit aux éditeurs du genre que je respecte, à commencer par Franck Spengler, aux éditions Blanche. Et il a tout de suite proposé de le publier, se montrant enthousiaste et encourageant tout au long du processus qui conduit à la publication effective. La rapidité avec laquelle une maison aussi établie dans son domaine que Blanche a répondu à mes sollicitations m'a confirmé ce que je pensais: dans l'érotique, l'édition reste "honnête". C'est à dire que les textes sont jugés sur leur valeur et non sur la vendabilité du nom de l'auteur...
Maintenant pourquoi le sortir sous mon vrai nom? Beaucoup d'auteurs, surtout dans mon métier, prennent un pseudonyme pour se cacher. Je n'ai pas fait ce choix, pour deux bonnes raisons: la première est mercantile. Si j'ai écrit un érotique aussi tôt, c'est pour obtenir les chiffres de vente qui me rendront crédible auprès des éditeurs, pour publier d'autres choses. En changeant de nom, je perds tout le bénéfice de l'opération. Sans compter qu'en terme de promotion, les journalistes préfèrent un interlocuteur en chair et en os à un homme dans l'ombre.
La seconde raison est plus noble. Dans tous mes livres, je pose deux postulats: le premier est qu'il ne faut pas avoir honte ni peur de ses désirs. Y céder sans cesse et sans discernement serait déraisonnable, mais les refouler et les nier est plus délétère encore. Assumer le fait que nous sommes des êtres sexués, dotés de fantasmes et de liberté, voilà ce que j'attends de mes personnages. Mais comment mon texte serait-il crédible si je n'applique pas ces préceptes? Fais ce que je dis, pas ce que je fais... Non! Il faut bien assumer ce qu'on dit, surtout si on dit qu'il faut assumer ce qu'on dit...
J'ai eu l'occasion depuis de constater à quel point notre société est conservatrice et frileuse. La spiritualité se meurt, mais les exigences rigoristes de l'époque victorienne ont la vie dure. Qu'importe: je suis convaincu d'avoir raison, même si je suis minoritaire, et ce n'est pas en me taisant que les autres auront plus raison.
C'est grâce à ce que je viens d'exposer que je suis, finalement, content d'avoir écrit ce roman si tôt dans ma carrière.