Jean-Francois Mopin : Un auteur peu commun
Jean-Francois Mopin : Un auteur peu commun
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Un pavé dans la mare


Je traite de la démocratie non pas en tant que concept, mais en la regardant pour ce qu'elle est: une plaisanterie. Je me souviens d'un ministre qui a dit très clairement à la télévision, à propos d'une loi qui allait passer (sur le PACS): “Je pense que c'est une bonne loi. Indiscutablement, elle fera avancer la société. Mais je voterai contre, car elle a été proposée par les socialistes”. Je ne doute pas une seule seconde que tous les hommes politiques, de tous les partis, réagissent de la même façon. Mais le clamer ainsi en public, sans honte, est absolument intolérable. Bien entendu, personne n'a jugé bon de relever cette énormité. Il est tellement admis que c'est ainsi que va le monde que tout le monde a accepté cette affirmation sans ciller.


La démocratie indirecte implique que vous donnez pouvoir à un homme de décider pour vous pendant un certain temps. Si ce temps est trop long, vous lui laissez choisir alors que vous ou lui aurez peut-être changé d'avis. Sans compter que vous pouvez l'approuver sur certains sujets mais pas sur d'autres. N'empêche: il a le pouvoir de décider à votre place. Si en revanche le mandat est trop court, les élus n'ont pas d'autre choix que de voter toutes les mesures démagogiques à court terme pour assurer leur réélection. Dans un cas comme dans l'autre, ça ne marche pas.


La démocratie directe est impossible à mettre en place dans un groupe de plus d'une personne. Si on me le demandait, il faudrait que je vote sur des sujets auxquels je ne connais rien. Par exemple, si on me fournit de fausses informations, je pourrais voter en faveur d'une guerre... dont bien entendu je n'assumerai pas les conséquences.


J'ai donc imaginé dans mon livre un système politique dans lequel les dirigeants oeuvrent dans l'intérêt général. Je sais bien que cela ne pourrait pas fonctionner dans la réalité. Il s'agit juste de mettre nos problèmes en lumière et de suggérer des façons d'améliorer les choses.


Je suis un athée convaincu. J'en ai assez de ce cliché qui lie la religion et la morale de façon inextricable. Il existe d'innombrables exemples d'hommes de religion qui font des choses douteuses. Des fanatiques de toutes les religions s'adonnent au terrorisme, et je ne parle pas seulement de Musulmans. En France par exemple, à la sortie de La dernière tentation du Christ, des fondamentalistes chrétiens ont mis le feu à certaines salles où le film était joué. Trop souvent, l'argument qui prévaut chez ces gens est le suivant : je ne suis pas d'accord avec vous, donc vous devez mourir.


D'un autre côté, je partage les idéaux de non-violence, de tolérance et de respect qui sont proches de certaines croyances. Et je les pratique avec bien plus de conviction qu'un bon nombre de bons Chrétiens de ma connaissance. Le mot même, "Chrétien", est souvent employé comme synonyme de "moral", "décent", "civilisé" alors que la majorité des actions conduites par lesdits Chrétiens n'ont rien de chrétiennes.


En tant qu'écrivain je peux créer mon propre monde. Évidemment, j'ai façonné des personnages qui me ressemblent...


En ce qui concerne mon approche de la sexualité et de la nudité, comme on peut l'attendre venant d'un athée pervers, j'ai choisi une société qui n'a ni tabou ni interdit. La nudité n'est considérée comme choquante que parce l'Église l'a décrétée comme telle. Quant à la sexualité, elle représente une menace pour les soi-disant serviteurs de Dieu, parce qu'elle nous éloigne de la méditation et de la spiritualité. C'est un point de vue que je ne partage pas. Je suis persuadé que ceux qui ont une vie sexuelle riche et variée sont plus enclins à être tolérants, ouverts d'esprit et sereins.


Puisqu'il nous faut nous plier aux exigences morales de la société dans laquelle nous vivons, ces conceptions peuvent sembler inacceptables. Mais mes personnages ne vivent pas dans la même société que nous. Ils vivent dans un monde où l'Église n'a jamais imposé ses idées et ses lois. La bisexualité n'y est pas seulement regardée comme acceptable, elle est désirable. La jalousie ne fait pas partie de leur vie, parce qu'ils sont épanouis et sûrs d'eux. Cependant, même si je suggère des actes érotiques ici ou là, ce n'est pas un livre érotique. Le but de ce livre est de montrer une autre façon de vivre.


Le thème le plus révélateur est sans doute le mariage. Une fois encore, ce n'est pas le mariage au sens philosophique qui est en cause, mais le mariage tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. C'est un contrat qui vous oblige à aimer et à protéger quelqu'un. Vous êtes contraint d'aimer parce que la loi l'exige, pour toujours. Toujours ? Combien de temps dure le mariage ? Remarquez, c'est bien souvent à cause d'un adultère qu'il se rompt. Cette union entre deux âmes ne tient qu'à un fil si une chose aussi banale que le sexe peut l'abattre. Ce n'est donc pas une union, mais une entente mutuelle et contractuelle de s'empêcher réciproquement de vivre certains plaisirs.


Les hommes se sentent facilement menacés par la sexualité : leur patrimoine génétique est en jeu. Une femme sait qu'elle est la mère. Le père ne peut que supposer. Je pense donc que le mariage a été inventé par les hommes. Étant donné que mon univers est gouverné par les femmes et qu'il n'a jamais été gouverné par les hommes, je suis parti du principe qu'il serait plus ouvert et exempt d'interdits et de culpabilité déplacée.


Pour finir, certains personnages jurent. Cela a vraiment posé problème à mon éditeur. Parce que "le public américain n'est pas prêt". Apparemment, le public américain ne va pas au cinéma. Quoi qu'il en soit, j'ai refusé de laisser tomber les gros mots. Je comprends bien les raisons qui poussent les Américains à les bannir, mais c'est une raison de plus pour que mes personnages, eux, les utilisent. Ma correctrice a alors proposé une idée que je trouve brillante : au lieu d'employer des gros mots anglais, j'ai inventé des jurons Impériaux. Je n'ai pas (encore) inventé leur langue, mais ils ont déjà des gros mots...


L'origine des gros mots anglais est intéressante. Ils viennent de la moquerie populaire envers l'Église puritaine à l'époque de Cromwell. Leur étymologie est souvent liée à la religion et à l'inconscient collectif. Inventer ce genre de mots pour mes personnages m'a permis de développer leur culture et leurs croyances, et d'imaginer des "équivalents" pour Christ, Marie, évêque, prêtre... Le motif initial pour lequel j'ai été amené à forger ces mots me désoblige, mais le résultat permet d'enrichir le contenu du livre. C'est la preuve que parfois un bien peut venir d'un mal. Peut-être y a-t-il quelque chose à sauver dans ce roman politiquement incorrect...

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